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Ces trois dernières années, nous avons été nombreux à nous élever contre le « managérialisme » que l’on nous présente comme inéluctable. Mais il aurait été vraisemblablement vain d’en rester à une posture de dénonciation si le discours n’avait pas fait place à une interrogation sur notre fait associatif, notre fonctionnement et un scénario institutionnel valorisant la dimension politique de notre action associée à une réflexion sur nos ressources économiques. La rédaction de notre projet associatif devenait une nécessité, l’unique régulation tutélaire à laquelle nous sommes soumis depuis notre origine et l’accentuation du mouvement de professionnalisation de cette dernière décennie ayant vraisemblablement induit dans notre association un primat du technique et un effacement du politique.
Les évolutions socio-économiques de notre environnement, les pressions exercées ont peut-être en cela été salutaires !
Mais si 2010 se caractérise par l’adoption de notre projet associatif, la vitalité de notre démarche démocratique ne saurait se résumer à quelques orientations principales et procédures statutaires.
Cela suppose un certain nombre de conditions, au premier chef, un espace public où les opinions et les arguments peuvent s’échanger, puis les décisions se prendre avec l’ensemble des parties prenantes. Sur le papier, le processus est séduisant. Mais ne nous le cachons pas, c’est un pari difficile tant il peut y avoir congruence entre l’accaparement de cet espace public par certains et le désintérêt, l’absence de légitimité vécus ou l’adoption systématique de conduites réactionnelles pour d’autres.
S’il est hors de question pour nous d’affirmer que l’implication dans notre mouvement associatif doit devenir la norme générale, en revanche notre association doit valoriser des possibilités affirmatives de choix pluriels, au risque sinon d’en faire une sorte de lieu commun, un endroit vide, un truc, un machin où plus rien ne se discute, où nous serions d’accord sur tout, ou quelques-uns produiraient, confrontés à un environnement incertain, des certitudes.
Quelles sont les preuves de cette expérience liée à cette ouverture ? Elles sont, nous semble-t-il, de plusieurs natures.
Progressivement, nous élaborons et mettons en place avec les professionnels des espaces associatifs de co-construction constitutifs d’un « agir ensemble » et fondés sur la conviction d’un « pouvoir être ensemble » (journées d’étude, démarche qualité, évaluations, etc.).
Le deuxième élément de ce mouvement est la métamorphose de notre espace public en choisissant d’institutionnaliser la place faite à d’autres actions collectives et de nous ouvrir à des mouvements associatifs distincts de ceux issus de notre filiation : association Asper33, association Innovation, GEM1 le kiosque 12, MGEN, UNAFAM, Croix Marine et bientôt ASAIS.
Le dernier aspect repose, quant à lui, sur une action naissante qui pourrait paraître anecdotique et qui pourtant revêt une réelle force symbolique : le REAAP 33. Avec ce projet, ancré davantage dans une logique d’entraide que dans une logique d’aide, nous avons ainsi souhaité qu’il y ait véritablement concordance entre cet espace de libre rencontre proposé à des parents, dont les enfants connaissent des difficultés psychologiques, et le renforcement de notre esprit associatif.
En cela, il est le témoignage que le partage d’expériences parents-professionnels, une prise de parole publique et le plaisir de se retrouver peuvent constituer un véritable supplément d’âme face à un néo-libéralisme mettant en place un nouveau type de normativité visant à l’effacement du citoyen au bénéfice d’un sujet uniquement calculateur, entrepreneur de lui-même. Et ça marche !
Notre travail redevient également une question politique. L’Europe voudrait que nous ne soyons plus que des organisations rendant des services. Notre héritage institutionnel, notre culture n’auraient plus droit de cité alors que nous avons toujours pensé qu’il était au fondement de nos actions, un horizon de sens et une expérience. Envisager l’institution exclusivement sous l’angle d’un établissement est réducteur. Laisser croire que nous développons des systèmes ségrégatifs est une contre vérité.
Sauf à aller vers une individualisation excessive, les institutions de l’association ne rendent pas uniquement des services aux personnes qu’elles accompagnent. Elles sont également, au même titre que d’autres, des espaces de socialisation ouverts et producteurs de lien social, à l’intérieur ou à l’extérieur de leurs murs.
Mais il n’y a pas de démocratie sociale sans démocratie économique. Aujourd’hui, le système d’enveloppe régionale fermée des ARS et la convergence tarifaire ne laissent que peu de place à la négociation.
Si nous voulons contribuer à la reconnaissance de réalités sociales négligées et y répondre, comme nous l’avons fait pour Intervalle, des modalités de co-construction avec d’autres associations ou acteurs institutionnels sont à inventer.
D’un point de vue strictement financier, la trésorerie de l’association avait ces deux dernières années considérablement augmenté : + 44 %.
Aujourd’hui, notre marge de manœuvre pourrait être réduite si la dotation annuelle reconductible de l’ITEP Saint Denis n’est pas augmentée et si nous gardons à la même hauteur les subventions du Fonds Social Européen, versées en moyenne 18 mois après la réalisation des actions.
Les avances de trésorerie en résultant auront nécessairement un impact sur nos capacités d’autofinancement, alors que d’autres chantiers sont à mener après la réhabilitation de la villa adolescents, notamment aux ITEP Millefleurs et Villa Flore.
Nous retrouvons ici en amont les difficultés à négocier avec les tutelles et en aval les contraintes imposées par elles sur nos dépenses. Mais il nous faut également être juste, les tutelles acceptent aussi après de longues négociations d’orienter les dépenses vers l’investissement. La réhabilitation de notre bâti, ces dernières années, en est le témoignage.
La question économique, c’est également l’impératif de compétitivité des associations d’action sociale devenant pour certains le véritable leitmotiv de tout changement
La rénovation de la Convention Collective 66 n’y échappe pas et vient en cela également rencontrer le modèle de l’entreprise qui serait, comme nous l’avons vu, aussi bien celui du fonctionnement social dans son ensemble que celui de l’individu en compétition avec lui-même et avec les autres.
Là où nous faisons le pari d’y arriver ensemble, d’égalité devant la règle conventionnelle (et non de refus de l’altérité comme on voudrait nous le faire dire), et d’une échelle des salaires limitées de 1 à 3, on nous oppose individualisation de la rémunération pour une même qualification comme gage de souplesse, d’efficacité et de performance.
Notre opposition à ce système de rémunération ne nous fait pas pour autant renoncer à notre fonction d’employeur associatif. Nous formulons là simplement une critique concernant un des aspects de ce projet de révision et notre aspiration à ce que se construise et s’impose une autre proposition face à des réponses qui finissent par devenir terriblement conformistes.
Nous espérons que vous poursuivrez, grâce aux pages qui suivent et au gré de votre lecture, ce débat et surtout que vous serez sensible aux témoignages et arguments de ceux qui véritablement le nourrissent en œuvrant chaque jour. Enfin, nous ne saurions ne pas laisser à la fin de ces quelques lignes les noms de ceux pour qui c’est la dernière Assemblée Générale et qui ont contribué à nouer les liens du politique à l’action. Merci à Marie-José Varichon, Christine Comte, Marie-Christine Chevalier, Pierre Léglise et Alain Sukiennik.
Jean-Claude TOURDOT,
Président
Dominique ESPAGNET,
Directeur Général
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